Les grands spectacles ne s'achèvent jamais avec la dernière bombe. Ils se prolongent dans les applaudissements, puis dans le silence du retour. Ils reviennent par fragments, au détour d'une image qui refuse de quitter notre mémoire ou d'une mélodie qui continue de résonner bien après la fin de la soirée. Puis, lentement, l'émotion laisse place à une autre forme d'émerveillement : les questions.
Comment cette immense fusée a-t-elle semblé s'élever vers le ciel jeudi dernier ? Une lecture de moniteur cardiaque en feu d’artifice ? Et ce « 50 » soulignant l’exploit de Cole Caufield qui est apparu avec une telle précision ? Les performances mémorables de l’IFLQ ont cette étrange capacité de continuer à vivre bien après leur dernière explosion. Royal en fait partie depuis plus de vingt ans en signant certaines des prestations les plus marquantes de l'histoire du concours.
Avant de découvrir « Le temps d’une nuit », la proposition américaine qui sera présentée ce soir par Pyro Spectaculars, un retour s'impose sur la prestation canadienne. Car certains feux ne se contentent pas d'illuminer une soirée. Ils laissent une empreinte.
Royal Pyrotechnie touche encore sa cible
Jeudi dernier, Montréal profitait d'une de ces magnifiques soirées estivales. Un vent soufflait toutefois, il n'était pas parfait. À quelques reprises, fumée et résidus sont venus atténuer certains tableaux. Mais les artificiers savent qu'un vent modéré demeure un bien meilleur allié qu'une absence complète de vent. Sans lui, la fumée aurait rapidement stagné au-dessus du site de tir, masquant progressivement une partie du spectacle. Les conditions étaient donc, dans l'ensemble, parmi les meilleures de cette 40e édition.
Avec « On a tous un héros », la firme québécoise ne proposait pas uniquement un enchaînement d'effets spectaculaires. Elle racontait une histoire. Une histoire où les héros ne portaient pas tous une cape, mais où chacun pouvait reconnaître un visage, un souvenir ou une émotion. L'une des grandes réussites de Royal Pyrotechnie résidait également dans la construction de sa trame sonore. Loin de se limiter à une succession de chansons, elle tissait un véritable fil narratif où s'entremêlaient musiques, extraits de films, commentaires sportifs et courtes interventions parlées. Chaque segment était introduit avec suffisamment de contexte pour que le spectateur comprenne immédiatement où le spectacle souhaitait l'entraîner, sans jamais nous en sortir. Une approche délicate à équilibrer, Royal a bien dosé.
Techniquement, la prestation impressionnait. Les quelque 7 000 signaux de mise à feu ont donné naissance à une succession de tableaux d'une précision remarquable, d'une incroyable diversité et soutenus par une synchronisation musicale exemplaire. Bien sûr, une poignée d'angles récalcitrants et de produits capricieux sont venus rappeler qu'une production d'une telle ampleur ne peut jamais atteindre la perfection absolue. Mais ces rares imperfections ont paru bien modestes devant l'ensemble de l'œuvre.
Car ce spectacle ne restera pas dans les mémoires parce qu'il était complexe. Il y restera parce qu'il faisait ressentir quelque chose. C'est la plus grande force de Royal Pyrotechnie. En 2009, avec « Voilà ! », l'entreprise québécoise avait remporté le Jupiter d'or en réussissant à faire rire tout un public grâce à un feu alliant humour et fantaisie. Cette fois-ci, les rires ont encore fusé, mais pour plusieurs spectateurs, les larmes ont roulé.
Quand un feu devient un souvenir
Tous les concepteurs peuvent fabriquer de beaux tableaux. Mais peu réussissent à créer des souvenirs. C'est sans doute ce qui distingue les spectacles mémorables des très bons spectacles. Les premiers continuent de vivre longtemps après leur dernière bombe. C'est précisément pourquoi la prestation canadienne mérite un deuxième visionnement, et pourquoi pas un troisième. Non pas parce qu'elle était difficile à comprendre. Mais parce qu'elle était suffisamment riche pour révéler de nouveaux détails à chaque regard :
Pénultième compétiteur : Les États-Unis
Après avoir laissé le Québec célébrer ses héros, l'International des Feux Loto-Québec accueille maintenant les États-Unis. Avec plus de 120 ans d'histoire, Pyro Spectaculars compte parmi les plus anciennes entreprises pyrotechniques d'Amérique du Nord. Fondée en 1906 par Manuel Souza, elle est aujourd'hui l'une des grandes dynasties américaines de la pyrotechnie. Toujours dirigée par la famille Souza – on accueille entre autres cette semaine le papa James, ses fils Christopher et Paul, et sa belle-fille Vanessa - l'entreprise signe chaque année des milliers de spectacles, dont plusieurs des plus prestigieuses célébrations du 4 juillet aux États-Unis, en plus d'avoir participé à de nombreux Jeux olympiques, Super Bowls et Séries mondiales. À Montréal, elle est également une habituée des grands rendez-vous de La Ronde, où elle revient un an seulement après «Légendes du métal » avec une proposition résolument différente.
| Paul Souza, et son fils Paul |
Place à Broadway
Avec « Le temps d'une nuit », Pyro Spectaculars entraînera les spectateurs au cœur de Broadway, à travers près de 90 ans de théâtre musical. De Porgy and Bess, présenté en 1935, jusqu'à Dead Outlaw, qui a fait ses débuts à Broadway l'an dernier, la bande sonore fera voyager le public d'une époque à l'autre, du jazz au hip-hop, en passant par le swing, le rock'n'roll, la soul, les rythmes latins et les influences africaines. Pourtant, ce thème a bien failli ne jamais voir le jour.
« J'ai été bloqué pendant des mois », nous a confié le concepteur Paul Souza. Après le spectacle présenté l'an dernier, le designer américain voulait proposer un feu capable de rejoindre un public encore plus large. Grand amateur de musique métal, il admet aujourd'hui que la trame sonore de 2025, aussi efficace eût-elle été à ses yeux, n'avait peut-être pas suscité le même enthousiasme chez tous les spectateurs.
« Je cherchais quelque chose qui représente les États-Unis, mais qui puisse aussi créer un lien avec des gens de tous les âges et de tous les horizons », explique-t-il.
Plusieurs idées ont été abandonnées en cours de route. Un voyage musical à travers les différents États américains lui semblait trop prévisible. Même un hommage au groupe Grateful Dead, son premier choix personnel, a finalement été écarté. « Si vous [moi !] ne connaissez pas ce groupe, c'est exactement la raison pour laquelle je ne l'ai pas retenu », lance-t-il en riant. C'est finalement Broadway qui s'est imposé. Parce que, selon lui, chacun connaît au moins quelques chansons issues des grandes comédies musicales.
Une soirée... comme au théâtre
Pour Paul Souza, Broadway ne représente pas un style musical, mais un univers où cohabitent une multitude d'influences. Cette diversité lui a permis de construire son spectacle comme une véritable soirée au théâtre, avec une ouverture, une montée dramatique, un entracte... puis une deuxième partie culminant vers une grande finale. Même la séquence laser s'inscrit dans cette mise en scène. « Je la traite comme l'entracte de mon spectacle de Broadway », explique-t-il. Chaque tableau aura sa propre finale.
Pendant des mois, le concepteur a vécu au rythme de cette bande sonore. Il en a choisi chacune des pièces, réalisé tous les montages musicaux et assuré lui-même l'édition de la trame sonore qui lui aura demandé environ 8 jours. « Je vis avec cette musique depuis tellement longtemps que j'en rêve encore ». Cette connaissance du détail se reflète également dans le choix des artifices. Les produits qui illumineront le ciel montréalais proviennent du Japon, de l'Italie, du Portugal, de l'Espagne, de la Chine et des États-Unis. Paul Souza connaît d'ailleurs particulièrement bien cet inventaire. Depuis une vingtaine d'années, c'est lui qui est responsable des commandes de produits pyrotechniques pour Pyro Spectaculars. Assurément, sa connaissance des produits et de la musique (il aime tous les genres et gratte la guitare) font partie de ses plus grandes forces. Cette diversité de fournisseurs promet une vaste parlette d'effets pyrotechniques ». Au total, près de 4 300 signaux de mise à feu et environ 1 400 mono-coups seront nécessaires pour donner vie à « Le temps d'une nuit ». Parmi ces milliers de produits qui seront tirés ce soir figure une seule bombe de 12 pouces fabriquée aux États-Unis. Saurez-vous la repérer ?
Moments attendus
Parmi les tableaux qu'il attend avec le plus d'impatience figure My Shot, de Hamilton, qui précède immédiatement l'entracte laser. Il évoque également Blowing It Up, tiré de la toute récente comédie musicale Dead Outlaw, qui viendra tout de suite après le segment laser. Sans doute la moins connue de toute la sélection, cette œuvre contemporaine occupera néanmoins une place de choix dans le spectacle, notamment grâce à une roue pyrotechnique spécialement construite pour accompagner cette séquence.
Après une prestation canadienne marquée par l'émotion, les États-Unis miseront donc sur un tout autre langage : celui des planches de Broadway, où chaque chanson raconte une histoire et où chaque tableau cherche à transporter le public dans un nouvel univers.
Trame sonore de « Le temps d'une nuit » de la firme Pyro Spectaculars des États-Unis : 








