Trois pays ont déjà laissé leur empreinte dans le ciel montréalais. Trois autres s’apprêtent maintenant à écrire leur chapitre. Jeudi, le Canada entre en scène avec Royal Pyrotechnie et une proposition qui promet de parler autant au cœur qu’aux yeux.
| Les artificiers posent avec les plus gros calibre, des bombes de 12'' (300mm) Crédit : Royal Pyrotechnie |
Mais avant de découvrir On a tous un héros, un regard s’impose sur la prestation de la Chine, dernier pays à avoir illuminé le ciel de La Ronde.
La Chine : la force de la
technique
Les conditions étaient presque idéales pour Sunny Fireworks. Un ciel
parfaitement dégagé a accompagné l’ensemble de la soirée. Seul un vent
soufflant vers les gradins et le pont Jacques-Cartier est venu transporter
fumée et résidus vers les spectateurs, atténuant par moments la richesse de
certains tableaux sans toutefois masquer le spectacle.
Pour sa septième participation montréalaise, la firme chinoise a
confirmé sa réputation de grande technicienne. Déjà lauréate d’un Jupiter d’or
(1992), d’un Jupiter d’argent (1993) et d’un Jupiter de bronze (2008), Sunny
Fireworks a livré une démonstration d’une remarquable précision.
Les erreurs de branchement ou d’angles de tir étaient pratiquement
inexistantes. Les différents modèles de tirs, la largeur des tableaux, la
qualité des produits utilisés et l’impressionnante densité d’effets
témoignaient d’une préparation méticuleuse. Sur le plan technique, difficile de
trouver de véritables failles.
Artistiquement, toutefois, l’expérience se révélait plus nuancée.
En privilégiant une intensité presque constante et une abondance
d’effets, Sunny Fireworks a impressionné par sa virtuosité technique, au
détriment des respirations nécessaires pour laisser les émotions s’installer.
Comme une grande œuvre musicale, un spectacle pyrotechnique gagne souvent à
alterner les moments de puissance et les passages plus retenus afin de
permettre au rythme de reprendre son souffle avant d’entraîner le spectateur
vers un nouveau crescendo.
Les séquences plus contemplatives, notamment sur You Raise Me Up
et The World’s Gift to Me, figuraient d’ailleurs parmi les plus
marquantes de la soirée. Elles démontraient tout le potentiel émotionnel de la
proposition chinoise lorsqu’elle acceptait de ralentir le tempo. À l’inverse,
le bouquet final, bien qu’efficace, donnait l’impression de refermer le récit
plus rapidement qu’attendu.
La Chine
aura donc livré une prestation d’une grande maîtrise technique, où la précision
et la richesse des tableaux auront marqué les esprits, laissant toutefois
davantage place à l’émerveillement visuel qu’à l’abandon émotionnel.
Voyez le spectacle de la Chine ici :
Trouver
son héros
Avec ‘On a tous un héros’ la firme canadienne Royal Pyrotechnie
propose un spectacle pyrotechnique où l’imaginaire, le dépassement de soi, le
courage et l’espoir se rencontrent à travers quatre actes
Tout
d’abord, les superhéros. Difficile de passer outre : l’ouverture sera résolument
hollywoodienne. Le deuxième acte se tourne ensuite vers les
héros de performance. Ceux qui repoussent leurs limites et inspirent par leur
persévérance. Un passage qui prendra certainement une résonance particulière
auprès du public montréalais avec Fix You, devenue au fil des années une
chanson associée aux entrées du Canadien de Montréal au Centre Bell. Après une
saison qui aura fait vibrer toute une ville, l’univers sportif s’intègre
naturellement dans ce récit collectif.
Puis vient le troisième acte. Celui des héros silencieux. Ceux qui ne
portent pas de cape et qui ne montent pas sur un podium, mais qui transforment –
certains à plus grande échelle, d’autres au quotidien, la vie des autres : les
astronautes, les pompiers, les enseignants, les professionnels de la santé, et
tous ceux dont les gestes parfois discrets deviennent extraordinaires aux yeux
de ceux qu’ils touchent.
Enfin, le dernier acte ramène le regard vers chacun de nous. Il y a des
héros qui portent une cape. D’autres un casque. D’autres encore un uniforme. Et
puis il y a ceux qui passent inaperçus. Ceux qui soutiennent, accompagnent,
encouragent et changent une vie sans jamais chercher la lumière. Car derrière
cette proposition se cache une question simple, mais universelle : qui est
votre héros?
« Mon superhéros quand j'étais jeune, c'était Batman. Je trouvais que
c'était celui qui était le plus proche de nous. Il n'avait pas vraiment de
super pouvoirs », raconte le vice-président et co-concepteur Éric
Fréchette. Un superhéros qui avance grâce à sa volonté, son courage et sa
détermination. « On ne le voyait jamais,
il était dans le noir. On se faisait l’image qu’on voulait. Je trouve que c’est celui qui se rapproche le
plus d’un feu d’artifice : je te mets une émotion, un feu d’artifice, mais je
ne te mets rien de défini. C’est toi, à la fin, qui décides comment tu le vois.
»
C’est toute la philosophie derrière On a tous un héros. Le
spectacle ne cherche pas à imposer une seule définition de l’héroïsme. Il
souhaite plutôt permettre à chacun d’y projeter sa propre histoire. Puis le
regard change avec les années. « Batman n'est plus mon héros aujourd'hui; c’est
ma femme. »
C'est précisément cette évolution que souhaite raconter Royal
Pyrotechnie : celle d'un enfant fasciné par les héros imaginaires, d'un adulte
inspiré par les héros de performance, avant de reconnaître finalement les héros
bien réels qui l'entourent.
Une trame sonore aux mille
visages
À première vue, la bande sonore surprend par sa diversité. On y passe de
la musique symphonique de John Williams et Hans Zimmer au rock puissant de Led
Zeppelin, AC/DC et Aerosmith. S'ajoutent la pop de Céline Dion et Coldplay, les
accents world de K'naan, la musique dance de David Guetta ainsi que les grandes
envolées orchestrales d'Audiomachine et Two Steps From Hell !!!
Un mélange qui pourrait sembler improbable. Mais… « Il y a plusieurs
styles de héros », résume simplement Éric Fréchette. Cette diversité
musicale devient alors le reflet de la diversité des parcours racontés pendant
le spectacle.
Le choix des pièces n’est pas né d’une simple volonté d’aligner des
chansons populaires. Avant même de parler de musique, l’équipe de création a
défini les émotions à transmettre. « On commence toujours par donner à nos concepteurs
musicaux le genre de rythme qu’on veut, l’émotion qu’on veut dégager, puis quel
genre de beat ou de narration. » À
partir de cette vision, les Dj Carl Müren et Christian Alary, qui collaborent
avec la firme de St-Pie depuis environ une dizaine d’années, ont façonné les
segments plus contemporains tandis que Serge Péloquin, autrefois directeur
artistique chez Royal Pyrotechnie, a apporté sa sensibilité orchestrale. Un
travail qui aura demandé près de deux mois.
La musique devient ainsi la colonne vertébrale du spectacle. Elle ne
suit pas les artifices : elle guide le récit. Pour profiter pleinement de cette
expérience, les spectateurs à l'extérieur de La Ronde auront tout intérêt à se
trouver à proximité d'une diffusion de la bande sonore. Un spectacle de
compétition ne se regarde pas seulement : il s'écoute.
De grandes ambitions
On a tous
un héros cache également un imposant défi technique.
Pour cette quatrième participation au concours montréalais, Royal
Pyrotechnie déploiera un arsenal à la hauteur de ses ambitions : 7 000 signaux
de tir, 4 200 mono-coups, 23 plateformes installées sur le lac, et… 15 bombes
de calibre maximal ! C’est résolument le
spectacle le plus ambitieux sur papier depuis la Hongrie.
En plus de deux formes – qu’on vous garde secrète – qui s’illumineront
pour les spectateurs de La Ronde, un autre élément qui attirera certainement
les regards sera suspendu à environ 150 pieds dans les airs grâce à une grue.
Une structure qui permettra aux artifices d’éclater dans toutes les directions,
offrant une nouvelle perspective au spectateur et transformant le ciel en
véritable scène tridimensionnelle. « On a une grue, 23 quais, 7000 cues, on ose, c’est sûr que c’est
épeurant, mais on a tout mis en notre faveur » explique Éric Fréchette.
Autant le plan de match global que les plans détaillés imprimés sont clairs
pour tout le monde. Chaque détail technique a été pensé afin que la mécanique
demeure invisible aux yeux du public incluant les branchements-réseau, qui
devraient faire le travail en cas de pépin pour qu’on n’y voit… que du feu !
Environ 85 % des artifices proviennent de leur propre ligne Dancing
fabriquée en Chine, auxquels s’ajoutent des produits de Panzera en Italie,
Igual, Caballer et Zaragozana en Espagne, Yung Feng de Taïwan. Au total, des
milliers de pièces qui devront toutes servir un même objectif : raconter une
histoire. Car même avec toute cette technologie, la philosophie demeure la
même. La technique impressionne, mais c’est l’émotion qui demeure.
Une histoire de
transmission
Au-delà du spectacle canadien lui-même, cette 4e participation
de Royal Pyrotechnie en compétition raconte aussi une autre histoire. Celle
d'une entreprise qui célèbre ses 60 ans. Celle d'une équipe qui prépare déjà
l'avenir.
Le papa fondateur Jean-Pierre Roy est toujours présent. Son fils Yanick signe
la conception en collaboration avec Éric Frechette, mais a volontairement
laissé Éric guider les opérations sur le terrain cette semaine. Sur les rampes
de lancement, Lohan - le fils de Yanick - découvre à son tour les coulisses de
la compétition montréalaise. Une véritable passation.
« C'est un processus », répète Éric Fréchette à plusieurs reprises au cours de l'entretien. Ce processus se retrouve autant dans la création artistique que dans l'évolution de l'entreprise. Derrière ce nouveau spectacle à La Ronde se cache aussi l’histoire d’une entreprise qui prépare son avenir.
« On a engagé du monde, on a formé une équipe. Aujourd'hui, on est
capables de faire Montréal tout en poursuivant nos autres activités. Lohan est
ici. Yanick n'est pas là. C'est important que tout le monde comprenne où on
s'en va. »
La trame sonore reflète aussi cette volonté de transmission, fruit d'un
travail collectif réunissant plusieurs générations de créateurs.
De son côté, Yanick Roy garde un souvenir bien vivant de sa première
participation à Montréal en 2003. « Mon premier gros show à 29 ans! Toute
une expérience! J'avais travaillé à La Ronde à 18-20 ans, alors que Paul
Csukassy, [NDLR l’actuel directeur
technique de l’IFLQ à l’aube de la retraite] conduisait des camions ! Neuf
ans plus tard, je me retrouvais sur le podium. »
Fondée en 1966, Royal Pyrotechnie arrive à Montréal avec un parcours qui
force le respect. Première firme canadienne à remporter un Jupiter d’Or à
l’International des Feux Loto-Québec, l’entreprise demeure encore aujourd’hui
la seule firme canadienne à avoir remporté trois fois cette prestigieuse
récompense, lors de ses trois participations au concours, en 2003, 2009 et 2014
(en collaboration avec une firme de l’Alberta).
À ce palmarès s’ajoute également le prix de la meilleure trame sonore
obtenu en 2009.
Alors pourquoi revenir avec déjà tous ces prix en banque ? Il semble que même en 2026, la motivation
demeure intacte : « Je suis compétitif » dit Yanick sourire en coin. « J’ai
évolué, Éric a évolué, toute l’entreprise a évolué ! Et les gens me demandaient
souvent de revenir… ». Mais au-delà des trophées, une conviction
guide toujours son travail. « Ce que j'ai appris à Montréal ? Donner du
plaisir au public. Aller chercher le côté émotif de tout le monde. »

Lohan Roy, 18 ans, et Éric Fréchette
Le héros que chacun porte
Sans se consulter, Yanick arrive exactement à la même conclusion qu’Éric : ‘Mon héroïne,
c’est ma femme d’amour. Toujours là pour moi, pour les enfants. Elle s’occupe
de tout son monde, sans oublier notre chien Luke’ conclut-il en riant Dans
un climat social où certains discours masculins continuent malheureusement de
dévaloriser les femmes, entendre deux hommes reconnus dans leur milieu parler avec autant de
simplicité et de fierté de celle qui les accompagne offre un contraste
particulièrement lumineux. Ce choix rappelle que l’héroïsme se
trouve aussi dans la présence, le soutien et les gestes du quotidien.
Finalement, c’est peut-être là toute la force de On a tous un héros.
Le spectacle ne cherche pas seulement à montrer des héros. Il cherche à
nous faire réfléchir à ceux qui nous entourent. À ceux qui nous inspirent. À
ceux qui nous accompagnent. Et peut-être, au terme de cette grande fresque
pyrotechnique, à reconnaître que le héros que nous cherchions depuis le début
était peut-être déjà là.
Tout
près.
En nous.








