6 août 2026

L’heure des Jupiter a sonné


L'Australie a réussi son pari

Au moment où les dernières bombes illuminaient le ciel montréalais jeudi dernier, une chose paraissait déjà évidente : le dernier concurrent de cette 40e édition venait de s'inviter avec force dans la course au Jupiter d'or.

Avec Like a Version, Foti International Fireworks proposait sans doute le concept musical le plus audacieux de la compétition. L'idée consistait à revisiter une douzaine de chansons à travers une succession de vingt-cinq interprétations différentes, imaginées par trois concepteurs. Un exercice délicat qui pouvait facilement donner l'impression d'un spectacle découpé en plusieurs tableaux indépendants. Il n’en fut pourtant rien. La plus grande réussite australienne réside dans la remarquable fluidité de sa trame sonore. Malgré les nombreux changements de style, les transitions entre les différentes versions s'enchaînaient naturellement. Chaque nouvelle interprétation semblait prolonger la précédente, créant une progression continue qui permettait au spectateur de demeurer pleinement immergé dans l'œuvre. Cette cohérence se retrouvait également dans la conception pyromusicale. Les moments plus contemplatifs prenaient le temps de respirer avant de céder la place à des passages beaucoup plus explosifs, sans jamais donner l'impression de ralentir inutilement le spectacle. Les crescendos étaient soigneusement préparés, particulièrement lors de Zombie, où le retour de la pyrotechnie après la séquence laser donnait lieu à l'un des tableaux les plus puissants de la soirée, puis lors du spectaculaire bouquet final construit autour de différentes versions de Live and Let Die, dont celle en chant grégorien fut particulièrement marquante. Le pari annoncé par Robert, Fortunato et Marcus Foti dans les jours précédant la compétition consistait à faire en sorte que trois visions distinctes ne forment, le temps d'une soirée, qu'une seule œuvre. À cet égard, l'objectif est pleinement atteint. Rien, ou presque, ne permettait de distinguer la signature de chacun des concepteurs tant l'ensemble apparaissait cohérent. Tout n'était toutefois pas parfait.

Des erreurs qui pourraient coûter cher

Malgré une conception particulièrement solide, plusieurs erreurs techniques sont venues ternir la prestation australienne. Certains effets au mauvais endroit, un support complet inversé, des angles mal ajustés ont nui à plusieurs tableaux. Pour une équipe aussi expérimentée que Foti International, ces imperfections risquent de peser lourd dans l'évaluation du dispositif technique, un critère qui représente à lui seul le quart de la note attribuée par le jury. Reste que ces ratés n'effacent en rien les qualités de fond du spectacle. Sur le plan de la conception, Like a Version s'impose comme l'une des propositions les plus abouties de cette édition anniversaire. Voyez le spectacle australien ici :

À quelques heures du dévoilement du palmarès, tout indique désormais que le Jupiter d'or devrait se jouer entre l'Australie et le Canada.

Le suspense tire à sa fin

Avant que le ciel ne s'embrase une dernière fois, tous les regards seront d'abord tournés vers la cérémonie de remise des prix que vous pourrez suivre ici si vous ne pouvez être présent.

Tout juste après 21h00, les six équipes en compétition seront à l’affût du verdict des 19 membres du jury, composé d'hommes et de femmes de tous âges et de tous horizons. Comme chaque année, une mention verte viendra d'abord souligner les efforts déployés en matière d'écoresponsabilité, puis le prix de la meilleure bande sonore sera ensuite décerné. Une distinction qui pourrait aussi se jouer entre le Canada et l'Australie, deux équipes qui ont particulièrement soigné la conception musicale de leur spectacle.

Viendra ensuite le moment le plus attendu de la soirée : l'annonce des récipiendaires des Jupiter de bronze, d'argent et d'or.

Si la lutte pour les deux premières places semble se dessiner entre Royal Pyrotechnie et Foti International Fireworks, l'attribution du Jupiter de bronze demeure beaucoup plus difficile à anticiper. L'Italie a séduit de nombreux observateurs par sa grande sensibilité, tandis que la Chine a impressionné par la précision de son exécution. Les États-Unis ont, pour leur part, offert un spectacle généreux et spectaculaire qui pourrait également trouver faveur auprès de certains jurés.

La Hongrie, première à entrer en scène il y a près d'un mois, payera malheureusement le prix du temps qui passe et de la température défavorable. Présenté dans des conditions météorologiques particulièrement difficiles, son spectacle amputé par la pluie semble déjà loin dans les souvenirs.

Reste maintenant la grande question : quelle approche aura le plus touché le jury ? L'émotion et la narration proposées par le Canada auront-elles davantage marqué les esprits que l'originalité de la conception pyromusicale de l'Australie ? Ou les nombreuses erreurs techniques observées lors du spectacle australien feront-elles pencher la balance en faveur de Royal Pyrotechnie ?

À quelques heures du dévoilement des résultats, tous les scénarios demeurent possibles.

Les légendes reprennent le flambeau

Une fois les trophées remis, les festivités se poursuivront avec Hommage aux légendes, le traditionnel spectacle de clôture présenté par Rozzi's Famous Fireworks et Panzera SRL depuis maintenant plus de dix ans.

Pour souligner le 40e anniversaire de l'événement, les concepteurs ont délaissé la formule consacrée à un seul artiste. Cette fois, la trame sonore rendra hommage à toute une époque de l'International des Feux Loto-Québec en revisitant les grands spectacles de clôture présentés depuis 2009. Michael Jackson, Céline Dion, les Beatles, Queen, Pink Floyd, U2, Madonna, Elton John, Harmonium, Genesis, Metallica, Coldplay et Taylor Swift feront tous leur retour, tandis que Skyfall rappellera l'hommage consacré à James Bond en 2018 et que Purple Rain viendra saluer Prince, hommagé lors du feu d’ouverture il y a 4 ans.

Le montage musical, réalisé une fois de plus par Paul Csukassy, a été pensé comme un hommage aux hommagés. L'objectif n'était pas simplement d'enchaîner les plus grands succès, mais de construire une œuvre capable de faire revivre quinze années de souvenirs.

Concepteur du feu de clôture, Michael Lutz a également tenu à souligner la confiance que La Ronde lui accorde depuis de nombreuses années en lui confiant cette soirée si particulière. Pour lui, Montréal demeure la référence mondiale des compétitions pyrotechniques et participer, année après année, à la conclusion de cet événement représente un immense privilège, qui plus est, en cette année anniversaire. Il décrit même son séjour montréalais comme des « vacances ». Une façon de dire que, malgré l'ampleur du travail à accomplir, revenir chaque année à Montréal demeure avant tout un grand plaisir.

Le spectacle fera appel à près de 5 000 mises à feu, à une centaine de bombes de 8’’, à de nombreux effets nautiques ainsi qu'à des produits provenant évidemment de Panzera, présentateur du feu de clôture, mais aussi d'Icon et de la japonaise Great Sky Art. Si la musique évoquera les éditions précédentes, Michael Lutz assure que toute la conception pyrotechnique sera entièrement nouvelle.

Puis, lorsque les dernières bombes se seront éteintes, la fête pourra véritablement commencer. Les gagnants retrouveront leurs équipes, les photographes immortaliseront les retrouvailles et les célébrations se poursuivront tard dans la soirée. Ce sera aussi le moment, pour toute l'équipe locale de l'International des Feux Loto-Québec, de souffler enfin après un été exigeant, marqué tour à tour par les canicules, les pluies abondantes et des conditions de travail parfois particulièrement éprouvantes.

Puis, une question flottera inévitablement dans l'air. Cette grande fête marquera-t-elle simplement la fin de la 40e édition... ou celle d'une époque ? Les rumeurs entourant l'avenir de l'événement se multiplient, mais une chose est certaine : avant de tourner cette page, Montréal aura une dernière occasion de célébrer l'un des plus prestigieux concours pyrotechniques de la planète.

Place à la fête !




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