Le coup d’envoi de la 40e édition de l’International des Feux Loto-Québec aura été à l’image de l’événement lui-même : spectaculaire, imprévisible et chargé d’émotions.
Avant même la première explosion, le feu d’ouverture présenté jeudi dernier par GFA Pyro aura traversé sa propre tempête. Quelques heures avant la représentation, Dame Nature s’est soulevée.
Le passage d’orages violents sur la grande région de Montréal a produit des rafales de plus de 90 km/h. À la station de Montréal-Trudeau, des vents de 32 km/h étaient encore enregistrés à 19 h, avant qu’une importante cellule pluvieuse ne déverse 22 mm de pluie en une seule heure.
En pyrotechnie, des vents de 40 km/h constituent une limite à partir de laquelle il devient impossible, de procéder à un tir en toute sécurité, bien que l'approche de cette limite soit loin de correspondre à des conditions idéales.
Plusieurs spectateurs auront sans doute hésité à se déplacer devant un ciel aussi menaçant. Pourtant, vers 21h15, alors que débutait la cérémonie protocolaire soulignant les nombreux artisans marquants des quatre dernières décennies, les forts vents étaient tombés, le ciel s’était dégagé et l’été avait repris ses droits.
Le dieu Jupiter était encore parmi nous.
En 40 ans d’existence - 346 feux planifiés - un seul spectacle a dû être annulé. C’était le 29 juin 2023. La veille, la Santé publique avait recommandé l’annulation du feu d’ouverture en raison de la dégradation anticipée de la qualité de l’air causée par les incendies de forêt qui sévissaient alors au nord du Québec.
Cette fois, le spectacle a bel et bien eu lieu. Comme d’habitude. Mais la météo avait déjà laissé des traces. Les importantes précipitations tombées avant la représentation ont endommagé une partie de la technologie. Malgré un report de quelques minutes dans l’espoir de résoudre certains problèmes, une portion importante des pièces pyrotechniques n’a pu être mise à feu.
Au-delà des bombes aériennes, c’est essentiellement la moitié droite du spectacle imaginé par GFA Pyro qui est restée muette. Revoyez ce spectacle ici :
Ambition irréaliste
Il faut néanmoins reconnaître l’audace de GFA Pyro. Un feu d’ouverture offre une liberté que la compétition ne permet pas toujours. Sans critères à respecter, une firme peut se permettre d’expérimenter, de tester de nouvelles idées et de repousser certaines limites techniques. C’est un terrain idéal pour innover.
Encore faut-il que tout soit en place.
Toutes ces nouveautés et fioritures demandent énormément de temps d’installation. Entre la canicule du 1er juillet, les conditions météorologiques difficiles du lendemain et les fortes pluies qui ont précédé la représentation, le plan était particulièrement ambitieux. Trop ambitieux peut-être. Certaines surprises prévues n’ont pas eu lieu. D’autres n’ont tout simplement pas eu l’effet escompté. Par chance, aucun critère n’existe lors de cette soirée d’ouverture et le but simplement festif de l’exercice fut atteint.
Avec le début de la compétition ce soir, c’est le retour à Montréal de ces belles histoires racontées d’explosions colorées. C’est le retour de l’ART PYROTECHNIQUE ! Et c’est précisément ce que la Hongrie nous propose.
Un rêve d’enfant prendra vie
Le pays des Magyars sera le premier à entrer dans l’arène avec NUVU Kft., une firme que nous avons eu plaisir à découvrir il y a 4 ans, alors qu’à sa toute première participation, elle remportait le Jupiter d’argent ! Être invitée à revenir pour cette édition anniversaire représente, pour ses artisans, un immense honneur.
Le spectacle intitulé Montagnes russes d’émotions trouve son origine dans un rêve d’enfance du directeur Ferenc Tóth : « Vers l’âge de huit ou dix ans, j’ai fait un rêve où j’étais le concepteur et le constructeur d’une montagne russe traditionnelle en bois. Un rêve si réel que je ne l’ai jamais oublié. Alors quand nous avons commencé à nous pencher sur ce que nous allions faire ici, il est devenu évident que je devais enfin concrétiser ce rêve ! »
Le lieu est tout indiqué : raconter cette histoire à La Ronde ajoute une dimension particulière à l’expérience. Les Montréalais ne pourront s’empêcher de penser au Monstre, inauguré il y a 40 ans, la plus haute montagne russe en bois à double voie au monde !
Mais la montagne russe de NUVU ne sera pas faite de bois. Elle sera faite d’émotions.
| Le directeur Ferenc Tóth, la conceptrice Anikó Seres, et leur fille Sára |
Quand la musique raconte la vie
Le spectacle débutera dans un monde où les émotions n’existent plus, où le rock est interdit et où le personnage principal cherche à s’en libérer grâce à ses aspirations, sa persévérance. Puis viennent les succès, l’amour, mais aussi les défis de la vie, les moments plus difficiles, la maladie.
La bande sonore (disponible au bas de cet article) raconte exactement ce parcours. L’ouverture avec Mr. Roboto de Styx installe ainsi un univers froid et mécanique, puis A Million Dreams ouvre ensuite la porte aux rêves, à l’espoir. Chaque pièce musicale accompagne une nouvelle étape de cette vie faite de hauts et de bas, comme Le Monstre. Un parcours émotionnel où le désespoir laisse place à la réussite, la lutte à l’amour, les épreuves aux nouveaux départs.
Un ciel doré pour les enfants
La conceptrice artistique Anikó Seres, la conjointe de Ferenc, avance que chaque tableau y trouvera sa couleur. Littéralement. Jusqu’au moment probablement le plus bouleversant du spectacle : la version acoustique de We're not gonna take it. Loin de l’hymne rock que nous connaissons tous, cette pièce donne la chair de poule avec son rythme lent et la voix grave et râpeuse de Dee Snider; elle a été enregistrée pour soutenir la lutte contre le cancer pédiatrique.
Ainsi, pour cette séquence, le ciel se parera d'or, à l’image du ruban doré, symbole international de cette lutte contre le cancer chez l’enfant. Un choix artistique qui donne une profondeur supplémentaire à un tableau déjà chargé d’émotion.
Finalement, la lumière reviendra avec Forogj Világ! du groupe hongrois NOX, une conclusion porteuse d’espoir où la montagne russe émotionnelle atteindra enfin son sommet.
Less is more
Sur le plan technique, NUVU annonce aussi une production d’envergure, bien qu’elle ait beaucoup appris de leur visite précédente. En 2022, ils avaient planifié beaucoup plus que ce qui a été possible de faire, sans toutefois nuire au spectacle. Cette fois-ci, on a préconisé une approche less is more afin de s’assurer que le spectacle prévu pourra être celui rendu. Plus de 5 000 mises à feu seront synchronisées à la musique. Toutes les rampes de lancement seront mises à profit dont 25 positions sur le grand quai à lui seul, ainsi qu’une tour surmontée d’une structure circulaire qui saura réserver son lot de surprises et d’effets wow. Parlant de wow, le spectacle comprendra aussi une dizaine de bombes de 12 pouces, soit le calibre maximal autorisé au Canada.
N’étant pas un fabricant d’artifice, NUVU utilisera des produits provenant de plusieurs grandes maisons européennes : les Italiennes Panzera, Parente et Giuliani, les Espagnoles Europlà et Igual, ainsi que des magnifiques pièces provenant de leur réserve spéciale de la firme slovène Hamex.
Après une ouverture marquée par les caprices de la météo, la Hongrie propose donc une œuvre où la pyrotechnie ne sera pas seulement une succession d’explosions.
Elle sera un langage.
Celui d’une vie racontée dans le ciel, une émotion à la fois.
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Bande sonore de Montagnes russes d'émotions de la firme hongroise NUVU Kft :

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