23 juillet 2026

Les héros du Canada !

Trois pays ont déjà laissé leur empreinte dans le ciel montréalais. Trois autres s’apprêtent maintenant à écrire leur chapitre. Jeudi, le Canada entre en scène avec Royal Pyrotechnie et une proposition qui promet de parler autant au cœur qu’aux yeux.

Les artificiers posent avec les plus gros calibre, des bombes de 12'' (300mm)
Crédit : Royal Pyrotechnie

Mais avant de découvrir On a tous un héros, un regard s’impose sur la prestation de la Chine, dernier pays à avoir illuminé le ciel de La Ronde.

La Chine : la force de la technique

Les conditions étaient presque idéales pour Sunny Fireworks. Un ciel parfaitement dégagé a accompagné l’ensemble de la soirée. Seul un vent soufflant vers les gradins et le pont Jacques-Cartier est venu transporter fumée et résidus vers les spectateurs, atténuant par moments la richesse de certains tableaux sans toutefois masquer le spectacle.

Pour sa septième participation montréalaise, la firme chinoise a confirmé sa réputation de grande technicienne. Déjà lauréate d’un Jupiter d’or (1992), d’un Jupiter d’argent (1993) et d’un Jupiter de bronze (2008), Sunny Fireworks a livré une démonstration d’une remarquable précision.

Les erreurs de branchement ou d’angles de tir étaient pratiquement inexistantes. Les différents modèles de tirs, la largeur des tableaux, la qualité des produits utilisés et l’impressionnante densité d’effets témoignaient d’une préparation méticuleuse. Sur le plan technique, difficile de trouver de véritables failles.

Artistiquement, toutefois, l’expérience se révélait plus nuancée.

En privilégiant une intensité presque constante et une abondance d’effets, Sunny Fireworks a impressionné par sa virtuosité technique, au détriment des respirations nécessaires pour laisser les émotions s’installer. Comme une grande œuvre musicale, un spectacle pyrotechnique gagne souvent à alterner les moments de puissance et les passages plus retenus afin de permettre au rythme de reprendre son souffle avant d’entraîner le spectateur vers un nouveau crescendo.

Les séquences plus contemplatives, notamment sur You Raise Me Up et The World’s Gift to Me, figuraient d’ailleurs parmi les plus marquantes de la soirée. Elles démontraient tout le potentiel émotionnel de la proposition chinoise lorsqu’elle acceptait de ralentir le tempo. À l’inverse, le bouquet final, bien qu’efficace, donnait l’impression de refermer le récit plus rapidement qu’attendu.

La Chine aura donc livré une prestation d’une grande maîtrise technique, où la précision et la richesse des tableaux auront marqué les esprits, laissant toutefois davantage place à l’émerveillement visuel qu’à l’abandon émotionnel.

Voyez le spectacle de la Chine ici : 

Trouver son héros

Avec ‘On a tous un héros’ la firme canadienne Royal Pyrotechnie propose un spectacle pyrotechnique où l’imaginaire, le dépassement de soi, le courage et l’espoir se rencontrent à travers quatre actes

Tout d’abord, les superhéros. Difficile de passer outre : l’ouverture sera résolument hollywoodienne. Le deuxième acte se tourne ensuite vers les héros de performance. Ceux qui repoussent leurs limites et inspirent par leur persévérance. Un passage qui prendra certainement une résonance particulière auprès du public montréalais avec Fix You, devenue au fil des années une chanson associée aux entrées du Canadien de Montréal au Centre Bell. Après une saison qui aura fait vibrer toute une ville, l’univers sportif s’intègre naturellement dans ce récit collectif.

Puis vient le troisième acte. Celui des héros silencieux. Ceux qui ne portent pas de cape et qui ne montent pas sur un podium, mais qui transforment – certains à plus grande échelle, d’autres au quotidien, la vie des autres : les astronautes, les pompiers, les enseignants, les professionnels de la santé, et tous ceux dont les gestes parfois discrets deviennent extraordinaires aux yeux de ceux qu’ils touchent.

Enfin, le dernier acte ramène le regard vers chacun de nous. Il y a des héros qui portent une cape. D’autres un casque. D’autres encore un uniforme. Et puis il y a ceux qui passent inaperçus. Ceux qui soutiennent, accompagnent, encouragent et changent une vie sans jamais chercher la lumière. Car derrière cette proposition se cache une question simple, mais universelle : qui est votre héros?

« Mon superhéros quand j'étais jeune, c'était Batman. Je trouvais que c'était celui qui était le plus proche de nous. Il n'avait pas vraiment de super pouvoirs », raconte le vice-président et co-concepteur Éric Fréchette. Un superhéros qui avance grâce à sa volonté, son courage et sa détermination. « On ne le voyait jamais, il était dans le noir. On se faisait l’image qu’on voulait.  Je trouve que c’est celui qui se rapproche le plus d’un feu d’artifice : je te mets une émotion, un feu d’artifice, mais je ne te mets rien de défini. C’est toi, à la fin, qui décides comment tu le vois. »

C’est toute la philosophie derrière On a tous un héros. Le spectacle ne cherche pas à imposer une seule définition de l’héroïsme. Il souhaite plutôt permettre à chacun d’y projeter sa propre histoire. Puis le regard change avec les années. « Batman n'est plus mon héros aujourd'hui; c’est ma femme. »

C'est précisément cette évolution que souhaite raconter Royal Pyrotechnie : celle d'un enfant fasciné par les héros imaginaires, d'un adulte inspiré par les héros de performance, avant de reconnaître finalement les héros bien réels qui l'entourent.

Une trame sonore aux mille visages

À première vue, la bande sonore surprend par sa diversité. On y passe de la musique symphonique de John Williams et Hans Zimmer au rock puissant de Led Zeppelin, AC/DC et Aerosmith. S'ajoutent la pop de Céline Dion et Coldplay, les accents world de K'naan, la musique dance de David Guetta ainsi que les grandes envolées orchestrales d'Audiomachine et Two Steps From Hell !!!

Un mélange qui pourrait sembler improbable. Mais… « Il y a plusieurs styles de héros », résume simplement Éric Fréchette. Cette diversité musicale devient alors le reflet de la diversité des parcours racontés pendant le spectacle.

Le choix des pièces n’est pas né d’une simple volonté d’aligner des chansons populaires. Avant même de parler de musique, l’équipe de création a défini les émotions à transmettre. « On commence toujours par donner à nos concepteurs musicaux le genre de rythme qu’on veut, l’émotion qu’on veut dégager, puis quel genre de beat ou de narration. »  À partir de cette vision, les Dj Carl Müren et Christian Alary, qui collaborent avec la firme de St-Pie depuis environ une dizaine d’années, ont façonné les segments plus contemporains tandis que Serge Péloquin, autrefois directeur artistique chez Royal Pyrotechnie, a apporté sa sensibilité orchestrale. Un travail qui aura demandé près de deux mois.

La musique devient ainsi la colonne vertébrale du spectacle. Elle ne suit pas les artifices : elle guide le récit. Pour profiter pleinement de cette expérience, les spectateurs à l'extérieur de La Ronde auront tout intérêt à se trouver à proximité d'une diffusion de la bande sonore. Un spectacle de compétition ne se regarde pas seulement : il s'écoute.

De grandes ambitions

On a tous un héros cache également un imposant défi technique.

Pour cette quatrième participation au concours montréalais, Royal Pyrotechnie déploiera un arsenal à la hauteur de ses ambitions : 7 000 signaux de tir, 4 200 mono-coups, 23 plateformes installées sur le lac, et… 15 bombes de calibre maximal !  C’est résolument le spectacle le plus ambitieux sur papier depuis la Hongrie.

En plus de deux formes – qu’on vous garde secrète – qui s’illumineront pour les spectateurs de La Ronde, un autre élément qui attirera certainement les regards sera suspendu à environ 150 pieds dans les airs grâce à une grue. Une structure qui permettra aux artifices d’éclater dans toutes les directions, offrant une nouvelle perspective au spectateur et transformant le ciel en véritable scène tridimensionnelle. « On a une grue, 23 quais, 7000 cues, on ose, c’est sûr que c’est épeurant, mais on a tout mis en notre faveur » explique Éric Fréchette.

Autant le plan de match global que les plans détaillés imprimés sont clairs pour tout le monde. Chaque détail technique a été pensé afin que la mécanique demeure invisible aux yeux du public incluant les branchements-réseau, qui devraient faire le travail en cas de pépin pour qu’on n’y voit… que du feu !

Environ 85 % des artifices proviennent de leur propre ligne Dancing fabriquée en Chine, auxquels s’ajoutent des produits de Panzera en Italie, Igual, Caballer et Zaragozana en Espagne, Yung Feng de Taïwan. Au total, des milliers de pièces qui devront toutes servir un même objectif : raconter une histoire. Car même avec toute cette technologie, la philosophie demeure la même. La technique impressionne, mais c’est l’émotion qui demeure.

Une histoire de transmission

Au-delà du spectacle canadien lui-même, cette 4e participation de Royal Pyrotechnie en compétition raconte aussi une autre histoire. Celle d'une entreprise qui célèbre ses 60 ans. Celle d'une équipe qui prépare déjà l'avenir.

Le papa fondateur Jean-Pierre Roy est toujours présent. Son fils Yanick signe la conception en collaboration avec Éric Frechette, mais a volontairement laissé Éric guider les opérations sur le terrain cette semaine. Sur les rampes de lancement, Lohan - le fils de Yanick - découvre à son tour les coulisses de la compétition montréalaise. Une véritable passation.

« C'est un processus », répète Éric Fréchette à plusieurs reprises au cours de l'entretien. Ce processus se retrouve autant dans la création artistique que dans l'évolution de l'entreprise. Derrière ce nouveau spectacle à La Ronde se cache aussi l’histoire d’une entreprise qui prépare son avenir.

« On a engagé du monde, on a formé une équipe. Aujourd'hui, on est capables de faire Montréal tout en poursuivant nos autres activités. Lohan est ici. Yanick n'est pas là. C'est important que tout le monde comprenne où on s'en va. »

La trame sonore reflète aussi cette volonté de transmission, fruit d'un travail collectif réunissant plusieurs générations de créateurs.  

De son côté, Yanick Roy garde un souvenir bien vivant de sa première participation à Montréal en 2003. « Mon premier gros show à 29 ans! Toute une expérience! J'avais travaillé à La Ronde à 18-20 ans, alors que Paul Csukassy, [NDLR l’actuel directeur technique de l’IFLQ à l’aube de la retraite] conduisait des camions ! Neuf ans plus tard, je me retrouvais sur le podium. »

Fondée en 1966, Royal Pyrotechnie arrive à Montréal avec un parcours qui force le respect. Première firme canadienne à remporter un Jupiter d’Or à l’International des Feux Loto-Québec, l’entreprise demeure encore aujourd’hui la seule firme canadienne à avoir remporté trois fois cette prestigieuse récompense, lors de ses trois participations au concours, en 2003, 2009 et 2014 (en collaboration avec une firme de l’Alberta).

À ce palmarès s’ajoute également le prix de la meilleure trame sonore obtenu en 2009.

Alors pourquoi revenir avec déjà tous ces prix en banque ?  Il semble que même en 2026, la motivation demeure intacte : « Je suis compétitif » dit Yanick sourire en coin. « J’ai évolué, Éric a évolué, toute l’entreprise a évolué ! Et les gens me demandaient souvent de revenir… ».   Mais au-delà des trophées, une conviction guide toujours son travail. « Ce que j'ai appris à Montréal ? Donner du plaisir au public. Aller chercher le côté émotif de tout le monde. »

 

Lohan Roy, 18 ans, et Éric Fréchette

Le héros que chacun porte

Sans se consulter, Yanick arrive exactement à la même conclusion qu’Éric :  ‘Mon héroïne, c’est ma femme d’amour. Toujours là pour moi, pour les enfants. Elle s’occupe de tout son monde, sans oublier notre chien Luke’ conclut-il en riant Dans un climat social où certains discours masculins continuent malheureusement de dévaloriser les femmes, entendre deux hommes reconnus dans leur milieu parler avec autant de simplicité et de fierté de celle qui les accompagne offre un contraste particulièrement lumineux. Ce choix rappelle que l’héroïsme se trouve aussi dans la présence, le soutien et les gestes du quotidien.

Finalement, c’est peut-être là toute la force de On a tous un héros.

Le spectacle ne cherche pas seulement à montrer des héros. Il cherche à nous faire réfléchir à ceux qui nous entourent. À ceux qui nous inspirent. À ceux qui nous accompagnent. Et peut-être, au terme de cette grande fresque pyrotechnique, à reconnaître que le héros que nous cherchions depuis le début était peut-être déjà là.

Tout près.

En nous.

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Trame sonore de 'On a tous un héros' de la firme Royal Pyrotechnie du Canada : 



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